Parce qu’on ne parle pas assez des accouchements qui se passent mal -sûrement pour éviter des sujets qui effraient -, je souhaite partager avec toi mon propre témoignage. Procidence du cordon, anesthésie générale non programmée, réactions allergiques aux produits, des cas rares dont on ne nous parle pas durant la grossesse mais qui peuvent se produire !

Future maman, l’objectif n’est pas de te faire psychoter à l’approche de ton accouchement. Libre à toi de passer cet article si tu ne souhaites pas lire de contenu « anxiogène ». Je souhaite tout d’abord informer au maximum parce que ça m’est arrivé. Je compte aussi me servir de ce récit comme exutoire, thérapie personnelle. Peut-être que le fait de tout mettre par écrit m’aidera à passer le cap. Parce que presque un mois et demi après, je n’ai pas fait le deuil de cet accouchement que j’avais cru imaginer sous tous les angles et que je pensais « être sous contrôle ».

Pour faire court -avant de tout détailler -, voilà ce à quoi j’ai eu droit alors que j’aurais dû accoucher naturellement : péridurale qui n’a pas fonctionné, procidence du cordon (0,5 % de cas), césarienne en urgence (avec début d’ouverture à vif), anesthésie générale (2% des cas après péridurale), malaises au réveil et scanner cérébral. Pour info, j’ai accouché le jour du terme avec un début de travail naturel (4% des cas). Vu les chiffres, je devrais peut-être jouer au loto !

Une grossesse parfaite et un accouchement prévu par voie naturelle

Nous sommes le 28 février. Ma grossesse s’est très bien passée et j’attends bébé avec impatience. Dans l’après-midi, je commence à avoir de vraies contractions, bien qu’irrégulières. Tu sauras faire la différence entre le vrai et le faux travail car les « fausses » contractions ne sont pas douloureuses et peuvent avoir lieu ponctuellement quelques semaines avant l’accouchement. Les vraies contractions sont plus intenses et deviennent régulières au fil des heures. Je m’étais renseignée donc j’ai attendu patiemment pour ne pas me rendre à la maternité trop tôt. Une fois les contractions espacées de 5 à 10 minutes pendant plus d’1 heure, direction l’hôpital bien tranquillement. Quelques exercices de respiration et c’est tout. Le bébé se présente par la tête et j’ai prévu de ne pas demander la péridurale sauf si les douleurs deviennent insupportables. J’imagine donc accoucher par voie basse.

Ouverture du col et péridurale : rien ne se passe comme prévu

On m’examine. Le col de l’utérus n’est pas encore bien ouvert. Il est 20h30. On me demande de marcher 1 heure dehors, en restant au sein de l’hôpital. Il fait déjà nuit et c’est parti. 1 heure plus tard, le col a évolué mais ce n’est toujours pas assez. Et hop, c’est reparti pour 1 heure de marche aux côtés de mon petit mari. Par la suite, le col n’étant toujours pas prêt, la sage-femme « m’aide » manuellement en procédant à un décollement des membranes. Je repars ensuite pour 30 minutes de marche accompagnée de grosses contractions. Petit test antigénique entre deux douleurs et je pars en salle d’accouchement. Il est minuit. Je suis déjà épuisée par la marche et je demande finalement la péridurale.

Je suis plutôt zen. Je discute avec l’équipe de soins (anesthésiste et sage-femme). Je reçois la péridurale. On me donne une télécommande en m’expliquant que je pourrai m’injecter moi-même le produit dès que le voyant de celle-ci sera vert. Le voyant n’est pas allumé donc j’attends. Et là, en quelques minutes, tout bascule…

Code rouge pour une césarienne imminente

Je vois la sage-femme bondir dans le couloir et crier « PROCIDENCE ! » Je ne sais pas ce que cela signifie mais je me doute qu’il s’agit d’un code rouge comme expliqué lors de la préparation à l’accouchement.

De 2, l’équipe passe à 6 personnes, entoure mon brancard qui est propulsé dans le couloir jusqu’au bloc. La gynécologue se penche sur moi et me dit qu’ils vont devoir faire une césarienne en urgence. Les larmes me montent aux yeux silencieusement.

Puis tout va très vite. Au moment où on dresse un « drap » devant mes yeux pour procéder à la césarienne, je sens mon pied un peu embarqué par le mouvement et « écrasé » entre les barreaux étriqués du lit. Au moment où je dis à la gynécologue « Mon pied est bloqué ! », elle me répond « Comment ça ? Vous sentez encore vos jambes ? ». Entre-temps, une autre personne a déjà entrepris de m’ouvrir le ventre. Et je sens le scalpel courir sur ma peau. Je m’entends hurler « Arrêtez, je sens tout ! »

Comment se fait-il que personne n’ait vérifié le bon fonctionnement de la péridurale ? Sache que tu ne dois pas sentir tes jambes sous péridurale !

Péridurale ratée, anesthésie générale et tremblements

La péridurale a-t-elle tardé à faire effet ou a-t-elle raté ? Dans la foulée, on brandit un masque de gaz anesthésiant que l’on me colle sur le nez pour m’endormir. Cela me comprime une narine et je me sens étouffer. Je dis « S’il vous plait, j’étouffe ! » puis plus rien.

Je me réveille en salle de naissance. J’ai froid. Je suis étourdie. J’aperçois mon petit bébé avec son papa. Qu’il est beau ! Il est né à 2h du matin le 1er mars. Des soignants se pressent autour de lui. Que se passe-t-il ? Vérification du poids, batterie de tests…Petite inquiétude : il pèse moins de 3,100 kg et son taux de glycémie est un peu bas. Sa température ayant chuté, on le place dans un incubateur.

Mais dans l’ensemble, tout va bien. Jusqu’à ce que…

J’ai des frissons. On me dit que c’est normal. Je reste seule avec mon mari. Puis les tremblements s’intensifient. Je sens tout à coup mes yeux s’apprêtant à révulser. Je me sens partir. Je demande à mon mari d’appeler de l’aide.

« Il se passe quelque chose d’anormal, va chercher de l’aide. »

Ma tension monte. Et comble de l’horreur, mon visage commence à s’engourdir. Je ne sens plus ma mâchoire. Ma langue semble gonfler. Je fais une paresthésie. Je « reviens » à moi. Tout le monde m’entoure et me pose des questions. Ca va mieux. Puis ça repart… 2 fois. Je me rappelle que je n’ai pas pris mon antihistaminique (allergies au pollen et allergies croisées). On me le donne.

On ne comprend pas ce qui s’est passé.

Je suis emmenée dans un autre service pour un scanner cérébral. L’autre équipe (qui n’a semble-t-il pas connaissance de ce qui vient de se produire) m’explique qu’on va m’administrer de l’iode. Encore un produit ?? Je panique un peu en tentant d’expliquer ce qui s’est passé mais on ne m’écoute pas et on appuie sur mon cathéter.

Puis on laisse mon brancard dans le couloir près d’une salle d’attente bondée. Je sens des regards sur moi. Je suis seule. La personne qui vient de procéder au scanner passe. Elle est pressée. Je me mets à pleurer. Elle me dit « Bon courage » assez froidement et s’en va.

On me reconduit en salle de réveil. Le brancardier tente de me rassurer. C’est lui qui revient un peu plus tard pour nous dire que le scanner n’a rien décelé d’anormal.

Je gagne ma chambre au bâtiment des urgences pédiatriques à 8h30. Enfin !

L’installation d’un traumatisme

Après une anesthésie générale, il est plus difficile de se remettre de la fatigue qu’elle engendre. Sans parler de la cicatrice de la césarienne que je n’avais pas prévue.

Après l’accouchement, je n’ai pas pu lire tous les messages de félicitations qui m’étaient adressés. J’ai dû attendre. J’étais trop fatiguée et traumatisée. C’est mon mari qui a fait la première annonce de la naissance et qui a échangé avec notre entourage. Je suis restée seule dans ma chambre (heures de visite réduites pour le papa et interdites aux proches avec le Covid) avec ce petit bébé dont je ne pouvais pas m’occuper le premier jour. J’avais la sensation de revivre la paresthésie dès que l’on évoquait l’accouchement et je sentais systématiquement la crise d’angoisse monter et mon coeur s’emballer. Même plusieurs semaines après. Impossible de parler de ce qui s’était passé à qui que ce soit au téléphone. J’ai encore la tête qui tourne légèrement en écrivant cet article.

La psychiatre du service d’obstétrique est passée me voir la veille de mon départ. J’ai pu me livrer sur le moment.

Que s’est-il passé ?

Un surdosage d’anesthésiant ? Une réaction allergique au propofol (anesthésiant) ? J’ai lu qu’il était déconseillé pour les personnes faisant des rhinites allergiques. Pourtant, mes allergies étaient notées dans mon dossier. J’ai donc demandé la liste des produits utilisés lors de mon accouchement pour en parler à un allergologue et prévenir lors d’une prochaine hospitalisation.

Je ne me suis documentée sur tout cela que quelques semaines après. J’ai lu ce qu’impliquait la procidence du cordon : le cordon ombilical sort avant l’enfant. Le personnel médical n’a que 10 minutes pour agir. La tête de l’enfant comprime le bassin et empêche la liaison entre le placenta et le cordon. L’oxygène peut donc être coupé. Mon mari m’a appris plus tard que le petit avait expulsé ses premières selles dans mon ventre, -conséquence de la procidence-. Il s’agit du méconium que le bébé doit normalement évacuer après l’accouchement et surtout pas pendant. Il y a le danger pour le nourrisson d’inhaler ses excréments et un risque d’infection pour la maman.

J’ai lu que l’anesthésie générale était contre-indiquée enceinte, surtout si on n’est pas à jeun. Les aliments peuvent remonter de l’estomac de la mère et obstruer ses poumons.

Heureusement, plus de peur que de mal ! Aujourd’hui, tout le monde va bien et c’est le principal même si on n’en sort pas indemne psychologiquement.

Tout cela pour dire qu’il ne faut pas hésiter à poser des questions et à creuser certains sujets auprès du gynécologue, de l’anesthésiste (car le rendez-vous ne dure que 10 minutes) et de la sage-femme lors de la préparation à l’accouchement…sans pour autant se faire de mauvais films ! On ne peut pas savoir comment ça va se passer. Si tu as la possibilité de choisir un hôpital de niveau III, insiste pour y accoucher car ils sont spécialisés en néo-natalité et équipés en cas de complications.

L’hôpital de niveau III dans lequel j’ai été suivie ne voulait pas m’y inscrire car j’étais « hors secteur » pour une grossesse sans risque. Nous avons lourdement insisté et je ne peux m’empêcher de penser à ce qui aurait pu se produire si j’avais dû être prise en charge par un hôpital de niveau II. Aurions-nous eu le temps d’être transférés dans un établissement spécialisé si besoin ? Aurais-je été séparée de mon bébé ?

Et si j’avais voulu accoucher à la maison (j’y avais pensé car c’est tentant), serions-nous une famille aujourd’hui ?

MRomantica (ou une Maman quelque peu traumatisée)

Article lié : Les glaires de bébé à la naissance